Catherine Dohmen, architecte avec près de 20 ans d'expérience, présente son parcours et son engagement depuis trois ans à la Fondation Kanal. Ayant pratiqué l'architecture indépendante et travaillé 12 ans au bureau Lescaux, elle connaît bien le quartier de Molenbeek où elle réside également depuis cinq ans. Attirée par l'envergure du projet et son emplacement emblématique, elle a mis sa carrière d'indépendante en pause pour rejoindre la Fondation. [00:00:01]
Son rôle à la Fondation Kanal est celui de la maîtrise d'ouvrage, une fonction qu'elle n'avait pas exercée auparavant mais qu'elle considère essentielle à la réussite des projets architecturaux. Bien qu'elle ne fasse pas directement de propositions architecturales, elle joue un rôle clé dans la coordination et l'élaboration de certains espaces. Elle reconnaît que la conception directe lui manque un peu, mais elle reste associée à son ancien bureau et participe à des débats internes. La Fondation a fait le choix de travailler avec plusieurs équipes d'architectes pour enrichir le projet, permettant à des structures plus petites de participer. Catherine supervise spécifiquement trois de ces équipes, assurant la cohérence de leur conception avec la vision globale. [00:01:17] Elle est arrivée après le début du chantier, au moment de la fin du démantèlement et du début du "Grosse Œuvre", et a pris en charge le suivi des projets secondaires, un rôle qui dépasse la simple maîtrise d'ouvrage par sa dimension de coordination et d'attention à la conception. Ce processus, bien que complexe, est très enrichissant et bénéficie du respect mutuel entre les différentes équipes d'architectes.
Catherine détaille les équipes d'architectes impliquées.[00:05:06]
La Fondation Kanal gère l'intégralité du projet, de la conception initiale (en collaboration avec Pompidou pour la programmation) à la gestion future du musée, en passant par le développement et la création d'un nouveau pôle culturel. [00:07:34] Cette approche globale, bien que très exigeante, permet d'assurer une vision cohérente. Le calendrier a été impacté par des événements externes tels que la pandémie de COVID-19 et la guerre en Ukraine, entraînant des hausses de prix, mais la volonté d'ouvrir rapidement reste forte. La période actuelle est particulièrement intense pour l'équipe du bâtiment avec l'accélération des parachèvements, et également pour les équipes curatoriales et de communication en vue de l'ouverture.
Les grands objectifs du musée sont multiples. [00:10:07] Premièrement, ouvrir le premier musée d'art contemporain à Bruxelles, un enjeu culturel majeur. Deuxièmement, redonner vie à ce bâtiment emblématique de la ville, l'ancien garage Citroën, en le transformant en un lieu vibrant. Troisièmement, rendre ce lieu accessible à tous en l'ancrant profondément dans son quartier. L'ambition est de créer un espace public accueillant où chacun se sent libre d'entrer et d'appréhender l'art de différentes manières, au-delà de la simple visite d'expositions. Catherine insiste sur la nécessité de réussir cet ancrage local, en tirant les leçons d'expériences passées comme Tour & Taxis, où l'intégration avec le quartier n'a pas été pleinement réussie et où le public local ne se sent pas toujours à l'aise. Elle souhaite que le musée devienne un lieu où l'on se sent bien, où l'on peut s'asseoir et profiter, et non seulement consommer.
Catherine partage son amour pour les lieux qu'elle découvre au quotidien sur le chantier. Son endroit préféré est la façade ouest, au premier étage (le "Hall 2"), côté Willowbrook. [00:15:04] Elle admire la restauration réussie des structures anciennes avec un verre fin et performant qui isole du bruit du trafic tout en laissant passer une lumière magnifique. Elle s'imagine assise sur un long banc de 14 mètres, contemplant le parc, les arbres, les tours de logements du quartier Nord, et le paysage urbain dans une atmosphère paisible. Elle évoque également l'importance future du parc environnant, qui sera plus accessible et connecté au parc Maximilien, ainsi que la réouverture de la Senne pour les piétons, créant des abords plus agréables pour le musée.
Il est difficile pour Catherine de choisir un seul souvenir marquant, tant les étapes du chantier ont été impressionnantes, de la découverte des volumes à l'accélération actuelle des parachèvements. Elle mentionne le rooftop comme un lieu magique, conçu comme un pont de bateau rappelant la forme de péniche du showroom Citroën, offrant une vue panoramique à 360 degrés sur Bruxelles (du Palais de Justice à l'Atomium). [00:22:00] Un souvenir récent particulièrement gratifiant est la réception des photos des modules du futur bar de la Brasserie. Ces pièces, réalisées à la main par un artisan carrossier local, symbolisent le lien du projet avec les savoir-faire du quartier et l'accomplissement des études et recherches menées par les architectes.
Catherine adresse un message simple aux futurs visiteurs : "Venez profiter de ces espaces". Elle insiste sur la grande capacité d'accueil du musée et ses nombreux recoins accessibles gratuitement, sans ticket, qui offrent des vues uniques sur la ville et l'intérieur du bâtiment. [00:26:00]
Imaginant l'ambiance sonore du musée en pleine activité, elle décrit un mélange de langues, de rires d'enfants, l'odeur du pain frais de la boulangerie (qui cuira sur place), des conversations de café, des bruits de chariots logistiques (car il n'y a pas de couloirs cachés, tout se passe dans les espaces), et des performances lointaines. Un travail important a été réalisé avec des acousticiens pour gérer le son, notamment via des rideaux acoustiques épais et des blocs en terre cuite absorbants, afin de créer une atmosphère agréable où l'on entend tout sans que cela soit désagréable. [00:28:24] Certains espaces, comme le Hall 1, sont spécifiquement aménagés avec des systèmes de rideaux pour permettre des performances tout en contrôlant la propagation du son et en créant des "cocons" d'intimité dans l'espace public.
Catherine espère que le musée deviendra un lieu incontournable pour Bruxelles, offrant une activité culturelle riche et accessible à tous, y compris aux familles. [00:34:44] Elle souhaite que l'aspect "zinneke" (hybride et cosmopolite) de Bruxelles soit intégré, notamment via des espaces "underground" pour des concerts ou des discussions plus accessibles, permettant différentes portes d'entrée vers l'art contemporain. Un groupe dédié à l'accessibilité travaille sur toutes les dimensions (physique et artistique). Des aménagements architecturaux pratiques sont prévus : chaises pliables à disposition, fontaines d'eau partout (pour éviter la consommation obligatoire), pique-nique autorisé, et accès gratuit au rooftop avec des transats. Le musée proposera différentes options de restauration pour s'adapter à tous les budgets (boulangerie, brasserie, restaurant gastronomique), offrant ainsi la possibilité de ne pas consommer si désiré.